Jean-Marc Vallée

Réalisateur. Un diplômé de l’UQAM sensible aux problématiques queer, Jean-Marc Vallée se fit remarquer pour la scène cinématographique québécoise et canadienne pour la première fois grâce à quelques courts-métrages fort acclamés dont Stéréotypes (1991). Son premier long-métrage fut un thriller intitulé Liste Noire qui lui mérita de nombreuses accolades en 1995, dont neuf nominations aux Prix Génie ainsi que le film qui fit les plus grosses recettes au box-office lors de cette année. Le succès fut rapide et Vallée – ayant toujours voulu travailler en anglais – déménagea à Los Angeles où il fut assigné à la réalisation de deux projets indépendants qui ne gagnèrent jamais en popularité ( Los Locos et Loser Love). Vallée continua d’entretenir des liens avec le Québec et réalisa quelques courts-métrages et publicités pendant cette période.
Il fallut attendre C.R.A.Z.Y. (2005) que Vallée renoua avec les audiences québécoises et canadiennes. Prenant place à travers les années 1960, 1970 ainsi que le début des années 1980, le film raconte l’histoire d’une famille de classe moyenne traversant la Révolution tranquille. Seulement capable d’enfanter des garçons, la mère prie Dieu de lui donner une fille mais accouche encore une fois d’un garçon – Zachary, son quatrième. Tout de suite, il est sous-entendu que son dernier né est spécial et possède des pouvoirs de guérison. Sensible et artistique, sa différence avec ses frères aînés trouble son père et ce dernier fait tout pour convaincre Zachary d’être plus macho. L’homosexualité de ce dernier devient plus apparente au fil des années, une réalité que le père peine à accepter. Ce film s’inscrit directement dans le narratif si commun des relations père-fils tumultueuse dans le cinéma québécois. En faisant appel à des acteurs connus (Michel Côté et Danielle Proulx dans le rôle des parents), le film parvint à trouver une audience et connut un succès critique au box-office. Vallée fut en mesure de concevoir un film qui plut aux audiences hétérosexuelles comme aux audiences gaies. La sensibilité du réalisateur, tout sa trame sonore composée de chansons populaires de l’époque, fut célébrée par la critique.
S’éloignant des thématiques gaies, ses deux prochains films l’aidèrent à faire son nom sur la scène internationale. The Young Victoria, sorti en 2009, amena Vallée à travailler à nouveau en anglais – cette fois dans la cadre d’une coproduction internationale. Le film, qui connut un succès tempéré, fut nominé pour trois Oscars techniques et gagna le Best Achievement in Costume Design. Il réalisa Café de Flore en 2011, une coproduction entre la France et le Canada. Le film met en vedette la chanteuse rock et actrice française Vanessa Paradis dans le rôle de la mère d’un enfant atteint du syndrome de Down.
Le scénario de Dallas Buyers Club tentait de trouver preneur à Hollywood depuis près d’une décennie, mais la plupart des maisons de production ne savaient pas quoi en faire. Inspiré d’une histoire vraie, le film raconte l’histoire d’un hétérosexuel homophobe qui, après avoir contracté le sida, met sur pied un réseau illégal de vente de médicaments anti-VIH/sida expérimentaux qui à l’intention des personnes peinant à avoir des soins médicaux, en grande majorité des membres de la communauté LGBT. Tourné avec un budget très restreint malgré la présence d’acteurs reconnus internationalement dont Matthew McConaughey, le film connut un succès critique et mérita à McConaughey et Jared Leto des prix lors des 2014 Academy Awards. Comme avec C.R.A.Z.Y., Vallée fut en mesure de communiquer des sensibilités LGBT à un public générale. Cependant, plusieurs critiques issus de la communauté LGBT firent part de leurs inquiétudes concernant sa représentation d’une période aussi importante que la pandémie du sida en Amérique. Beaucoup d’entre eux soulignèrent la nature problématique de partager cette histoire du point de vue d’un homme blanc hétérosexuel alors que la plupart des personnages LGBT présents dans le films furent représentés comme des victimes et placés en retrait du narratif principal. D’autres furent troublés que les rôles transgenres – tel le personnage de Rayon incarné par Leto – ne furent pas joués par ou bien proposés à des acteurs transgenres : « Le film ne croit absolument pas que son traitement des personnages queer ou de la crise du sida est problématique, mais des critiques allant dans ce sens firent surface. » Dans une critique cinématographique étonnamment hostile pour Deadspin, par exemple,
Will Leitch qualifia Dallas Buyers Club d’« historique gai adapté pour les publics hétérosexuels » tout en qualifiant de manière erronée le personnage Rayon de Jared Leto de « meilleur ami homo » de Ron dont la prestation est « décalée de trois ou quatre octaves. » Bien entendu, Rayon est une femme transgenre hétérosexuelle et, en tenant compte de sa représentation relativement nuancée par Leto, la question demeure de savoir à quel point l’octave de la performance de genre d’une personne doit être « bas » afin de mériter l’approbation de Leitch. » J. Bryan Lowder http://www.slate.com/blogs/outward/2013/11/07/dallas_buyers_club_gay_rep... Ces critiques n'empêchèrent pas Vallée d’être perçu comme un réalisateur travaillant avec des acteurs de renommée par l’industrie et de lui mériter plusieurs offres de projets. En 2014, il réalisa Wild mettant en vedette Reese Whitherspoon.


