TRUXX

1978
19.0'
CA
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  • N/A
Synopsis

Bref manifeste de résistance communautaire face à la répression policière lors de la descente historique de 1977 sur le bar gai montréalais Truxx. En 1976, année des Olympiques, la ville de Montréal entreprit un « nettoyage » des endroits fréquentés par les gais et les travailleurs du sexe. Cette nouvelle vague de persécution vint ébranler la complaisance de la communauté gaie – francophone comme anglophone – et des efforts de résistance communautaires s’organisèrent, alimentés par le besoin urgent de se défendre. La police riposta en octobre 1977 en prenant d’assaut le bar Truxx de la rue Stanley avec des mitraillettes et réalisa l’arrestation massive la plus importante depuis la crise d’Octobre. Un total de 146 hommes furent contraints de subir un test de dépistage d’ITS (un applicateur de coton inséré de force dans l’urètre) avant d’être entassés et isolés toute la nuit dans d’étroites cellules où ils furent contraints de rester debout; ils furent tous accusés en vertu des lois vagues et discriminatoires portant sur les maisons de débauche et la grossière indécence le lendemain. Cette même nuit, 3 000 manifestants bloquèrent les rues de ce qui était alors le ghetto gai de l’Ouest – partagé entre les rue Peel et Stanley – pendant plusieurs heures alors le titre Les Homos et la police: c’est la guerre! figurait en première page du Journal de Montréal. Aucune manifestation gaie n’avait compté plus de 300 participants auparavant, et un gouvernement péquiste embarrassé et toujours idéaliste (comptant alors à peine un an au pouvoir) adopta le projet de loi 88 deux mois plus tard, la première mesure législative au monde visant à protéger les gais et lesbiennes (la Norvège emboîta le pas en 1981). Les accusations hantèrent les hommes concernées des années durant avant de finalement être abandonnées. Le film Truxx fut réalisé l’année suivante et raconta le fil des événements de façon simple et directe. Produit avec un budget moindre et transféré d’un format vidéo – rare à cette époque – à un film 16 mm, l’œuvre visait à encourager la capacité organisationnelle de la communauté gaie à gérer ces situations. Sutherland présenta des images fixes, une voix hors-champ ainsi que des entrevues avec deux victimes et deux militants avant de boucler le film avec séquences vidéos de manifestations subséquentes. Le montage et le rythme du film sont bâclés et le doublage laisse à désirer; deux entretiens sont en anglais alors que deux autres sont en français, mais seules les versions anglaises furent présentées en raison d’un manque de fonds. Le visionnement des deux entretiens avec les victimes, un musicien anglophone et un réparateur de vélo francophone – une division de labeur qui offusqua certaines audiences francophones – marqua profondément des spectateurs qui, les larmes aux yeux, témoignèrent pour la première fois de leurs expériences et colère communes à l’écran. Le film est toujours pertinent 25 ans plus tard – un rappel que les relations entre police et communauté gaie demeurent inchangées à Montréal et ailleurs pour beaucoup de gens – bien qu’il ne soit plus disponible depuis plusieurs années.