Le Soleil se lève en retard

1977
112.0'
CA
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Synopsis

Sous la pression de ses collègues de travail insistants et de certains membres inquiets de sa famille, Gisèle Lapointe (Rita Lafontaine), alors dans la trentaine, accepte de se joindre à une agence pour cœurs en peine, afin de s’y trouver un compagnon. C’est ainsi qu’elle rencontre Jean Cusson (Yvon Deschamps), un célibataire timide mais bienveillant. Une tendre romance fleurit entre eux, dans les rues du quartier Rosemont de Montréal, « lui-même un acteur de premier plan »[1] — mais le bonheur du couple coïncide avec une bouleversante tragédie familiale.

Deuxième et dernier long métrage d’André Brassard, Le Soleil marque une collaboration durable du scénariste et réalisateur avec le dramaturge Michel Tremblay, au grand écran comme au théâtre. Mis en scène dans un monde à la Tremblay, dans lequel des personnages ordinaires sont capables d’émotions extraordinaires, le film fait le portrait, à grands coups de spontanéité, d’une histoire d’amour (hétérosexuelle) tardive, en problématisant du même coup l’arc traditionnel de l’accouplement hétérosexuel. Malgré une assertion finale de l’hétéronormativité qui caractérise le couple en question, que guette une destruction mutuelle imminente, le travail de Brassard dérange la trajectoire idyllique des romances hétéros en y insérant, dans les interstices de la trame narrative du film, des fragments de domesticité abusive et de masculinité prédatrice.

Selon Bill Marshall, une telle perspective, dite féminine, sur les dangers de la sexualité masculine, peut être lue de manière sociétale et générique : si, d’une part, elle symbolise le changement d’attitude par rapport à l’indépendance féminine, l’amour et le mariage dans la société québécoise; d’autre part, elle agit comme « remède aux comédies masculines de puissance sexuelle que nous offre le début de la décennie »  (2001, 123).  

Bien que limitée à quelques rencontres sporadiques avec un acteur gai (et son chum plus âgé), le film, comme Marshall soutient en outre, «  est utile en ce qui concerne la représentation de l’homosexualité, parce que la quête de Gisèle est superposée d’une certaine dénaturalisation de l’hétérosexualité (…). Le film expose clairement la motivation principale de la protagoniste : la pression sociale. Tout comme avec Il était une fois dans l’est, avec sa représentation d’une performance genrée (qu’on peut dire transgenre) dans toute sa mascarade excessive, Le Soleil se lève en retard transplante, en la défamiliarisant, cette rhétorique et mise en scène du normal. (2001, 123-124). »