Il était une fois dans l’est

1973
100.0'
CA
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Synopsis

Premier long métrage d’André Brassard suite à son court, Françoise Durocher, Waitress (1972), Il était une fois dans l’est emprunte des personnages aux six pièces de Michel Tremblay (Les Belles-soeurs, Hosanna, La Duchesse de Langeais, À toi, pour toujours, ta Marie-Lou, En pièces détachées et Demain Matin, Montréal m’attend), adaptées par le dramaturge lui-même sous la forme de trois nouvelles entremêlées. Après avoir gagné un million de timbres Goldstar, une dame naïve (Manda Parent) est dévalisée dans sa propre maison par les voisines jalouses qui étaient venues lui prêter main forte. Une serveuse adolescente (Frédérique Collin) tombe accidentellement enceinte et décide d’avoir un avortement auquel elle ne survivra pas. Malgré les avertissements tardifs de son amie la Duchesse de Langeais (Claude Gai), une drag-queen à l’aube de sa grande rentrée (Jean Archembault) ignore qu’elle est sur le point d’être humiliée par une rivale amère, ainsi ridiculisée devant toute la communauté gaie de la Main de Montréal.

Considérée par Marshall comme étant « l’une des représentations les plus significatives de l’homosexualité du cinéma national québécois » après À tout prendre (1972) de Claude Jutra,[1] Il était une fois dans l’est est une manifestation de l’attitude pré-Stonewall envers la représentation queer, qui offre néanmoins un contraste vif au déluge de films faits par des réalisateurs hétéros et produits au Québec dans les années 1960 et 1970, qui présentent l’homosexualité comme un mal prédateur (Patry, Lord) ou en caricatures clownesques (Fournier).[2] Comme le remarque Waugh, la cruelle trahison de la drag-queen Hosanna (et l’amertume généralisée des personnages queers les uns envers les autres) est en fait compensée par des démonstrations inspirantes de solidarité (la Duchesse de Langeais) et de tendresse (le couple de lesbiennes joué par Denise Filiatrault et Amulette Garneau). Malgré l’absence plus globale d’un sentiment de communauté queer et de solutions politiques dans les pièces de Tremblay (et, par le fait même, dans les films de Brassard), Il était une fois dans l’est incarne une visibilité et un respect pour les causes de l’oppression queer et la persécution intériorisée, offrant ainsi « la première et la plus honnête des réflexions de nous-mêmes [subjectivités queers] précédant le début de la lutte collective. » (Waugh 1981, 38)

Dans sa plus récente contribution, « Fairy Tales of Two Cities, or, Queer Nation(s)/Urban Cinema » (R o T, Waugh 2006, 76-96), Waugh fait une fois de plus référence à Il était une fois dans l’est, tentant de faire passer notre analyse du cinéma queer canadien d’un angle strictement national à une perspective urbaine. Entre 1960 et 1980, Montréal et Toronto sont ainsi considérées comme étant les plaques tournantes d’une réarticulation du queer vis-à-vis les modèles américains post-Stonewall et, plus encore, d’une compréhension canadienne pan-nationale des sexualités et géographies queers. Il était une fois dans l’est, aux côtés de films tels que À tout prendre (1963), Winter Kept us Warm (1965), and Outrageous!(1977), symbolise le besoin de tailler une place aux sexualités marginales dans un discours national qui a plutôt tendance à les passer sous silence.




[1] Marshall, Bill. Quebec National Cinema. 2001: 201.

[2] Waugh, Tom. “Nègres blancs, tapettes et «butch»; les lesbiennes et les gais dans le cinéma Québécois”. 1981.