Robert Lepage

male
Date de naissance
1957
et lieu
Canada
CA
Lives in
Montreal , QC
Canada
Quebec CA
Biographie

De tous les artistes gais de renom au Québec, le génie théâtral Robert Lepage est sans doute celui qui a le moins abordé les politiques gaies. Ses trois premières adaptations de ses productions théâtrales constantes – Le Confessionnal (1995, Prix Génie Claude Jutra et Prix Génie du meilleur réalisateur), Le Polygraphe (1996), et (1998) – ont, comme l’a suggéré Peter Dickinson (2005), encouragé « l’hétéronormativité » des personnages et des situations abordées dans ces films. Que ce processus d’hétérosexualisation prônait un simple atténuement ou encore un assainissement complet, les deux premiers films abordaient aussi la thématique épineuse du suicide queer. Malgré ces faits, les univers de Lepage – avec leurs périodes historiques en plein changement et leurs espaces transculturels – semblent très queer de plusieurs façons : Le Confessionnal est devenu l’une des œuvres les plus énigmatiques et importantes du canon cinématographique queer international.

Après Polygraphe, l’allègre fut kitsch du début à la fin; sa scène de plaisanterie queer ne fut pas plus offusquante que les blagues péquistes, fédéralistes et sur le FLQ aussi présentes dans le film. Le quatrième long-métrage de Lepage, Possible Worlds (2000), une coproduction britannique inspirée – pour la première fois – de la pièce d’un autre auteur, fut sa création la plus froide et la plus hétérosexuelle malgré les allusions viriles passagères. La face cachée de la lune (The Far Side of the Moon, 2003), une autre adaptation cinématographique de Lepage, illustre parfaitement cette habitude du réalisateur à incorporer des références et des personnages queer sans placer la sexualité au premier plan. Cependant, l’œuvre résonne sur plusieurs fronts : Face est de loin son film le plus autobiographique et le plus queer depuis Le Confessionnal. Lepage joue simultanément les rôles des deux frères protagonistes : l’un est un intellectuel mordu de théorie spatiale avec une ancienne « copine » qui semble être asexuel malgré son comportement étrange envers l’amant de son frère lors d’une rencontre dans un sauna lors de sa « journée d’essai avant abonnement », l’autre est un chroniqueur météo insipide et peu sympathique qui est « tout bonnement gai, sans plus. » Son amant Carl est nettement plus intéressant, cachant un corps bien musclé plein de perçages et de tatouages sous son complet-cravate de fonctionnaire à la ville de Québec. Le politique est peut-être présent malgré tout.