Noam Gonick

male
Date de naissance
1971
et lieu
Winnipeg , MB
Canada
Manitoba CA
Biographie

Réalisateur et scénariste. Chef de file de la jeune génération de cinéphiles kitsch ultra-réalistes de Winnipeg, Gonick troqua l’ambiguité sexuelle typique des prairies de ses prédécesseurs pour une fierté queer sans équivoque. Issu d’intellectuels militants de gauche, Gonick réalisa un premier court-métrage intitulé 1919 (1996, 8), une interprétation queer de la grève générale de Winnipeg de 1919 dans un bain public homosocial fréquenté par les immigrants (Gonick joue le rôle d’un juif bolshévik plutôt mignon). Le mentor winnipégois de Gonick fut le sujet de son film suivant; Guy Maddin: Waiting for Twilight (1998) fut un hommage parodique d’une heure tourné sur la ferme d’autruches de Twilight of the Ice Nymphs – une réinvention complète du genre cinématographique « making of ».

Gonick changea littéralement le milieu du cinéma queer canadien en 2000 avec son épopée rave tant attendue Hey Happy! (2000, 75). Réalisé au cour d’une décennie, Gonick fut contraint par ses bailleurs de fonds de renoncer à son titre original de Fuckfest 2000. Cependant, l’esprit de son épopée Super 8 portant sur un homme couchant avec 2000 de ses congénères masculins avant la tournée du millénaire demeura le même malgré la conversion en format 35 mm. Happy rend hommage aux fresques médiévales carnavalesques de Pasolini ainsi qu’à la théâtralité provocatrice, aux narratifs hallucinogènes et à l’esthétisme vulgaire de ses mentors Maddin, LaBruce et Waters. L’œuvre impose un contexte rabelaisien apocalyptique à ce qui s’avère être une simple histoire de triangle amoureux : deux jeunes hommes meurtris – Sabu et Happy – s’éprennent l’un de l’autre et désirent baiser, mais un coiffeur jaloux du nom de Spanky retarde cette gratification. En y pensant bien, la même histoire est présente dans Lilies de John Greyson, un film plutôt semblable réalisé par un autre mentor de Gonick où l’euphorie légère de la scène rave des prairies est troquée par un mélodrame québécois peuplé de martyrs. Cependant, Hey Happy! ne ressemblait en rien aux comédies gaies romantiques typiques des années 1990. La vision de Gonick des environs post-industriels de sa ville natale menacés par les inondations – avec les grondements ferroviaires continus de la Canadian Pacific Railway en guise de trame sonore – permit de réaliser l’un des paysages cinématographiques les plus novateurs du cinéma canadien contemporain. Sa flore et sa faune furent également partie intégrante de cette vision, dont l’escorte transsexuelle statuesque qui s’avère être une déesse intergalactique voyant à la grossesse pressante de Sabu (sic). Les scènes élaborées du film assuraient à Hey Happy! une place au panthéon à elles seules, de l’interlude où Sabu nage dans une piscine de rêve à travers une dizaine d’éphèbes dénudés – la scène érotique la plus affriolante depuis The Blue Lagoon (via Zero Patience) – aux scènes énergétiques et fourmillantes du milieu rave (pouvez-vous nommer un autre long-métrage canadien où quatorze « artistes sonores » figurent au générique?).