Léa Pool

Réalisateur, Scénariste
femme
Date de naissance
1950
et lieu
GE
Suisse
Geneva CH
Biographie

Réalisatrice et scénariste. Née en Suisse et éduquée à l’UQAM, Pool est de loin la réalisatrice queer la plus prolifique et la plus visible du Québec. Son identité publique officielle – vacillant entre gaie et bisexuelle – se fit bien sentir dans sa fascination continue des frontières entre les relations homoérotiques et homosociales chez les femmes (comme dans son premier succès lauréat, le poétique La femme de l'hôtel, 1984) et dans son affection pour les triangles amoureux, souvent placées en contraste avec les interfaces entre le désir et la position identitaire de « l’étranger ». Ce terrain est fort familier pour la réalisatrice, qui possède un vécu de femme juive et immigrante ainsi que de mère monoparentale dans un monde pure laine. Comme tout cinéaste, Pool fut aussi touchée par la nature instable du marché cinématographique. Cependant, les généreuses subventions gouvernementales qu’elle toucha au fil des ans lui permirent de réaliser une série soutenue et originale de neuf longs-métrages, un assortiment de documentaires et de films télévisés ainsi qu’un court-métrage fictif intitulé Rispondetemi. Cette dernière réalisation – le récit sensuel et fluide d’une femme accidentée en route vers l'hôpital dans les bras de son amante à travers un parcours scénique aux airs de labyrinthe à travers Montréal – considérée comme l’un de ses chefs-d’œuvre, est certainement son film le plus explicitement lesbien (réalisé dans le cadre de l’anthologie anniversaire Montréal vu par..., 1991). Autrement, ses films les plus banals furent ceux aux prises avec la léthargie associée à la coréalisation internationale et la romance hétérosexuelle (La demoiselle sauvage, 1991, Mouvements du désir, 1994) et, plus récemment, ceux de langue anglaise (Lost and delirious, 2001).

 

Peu de gens seraient prêts à nier fait que les films les plus puissants de Pool tirent cette force de ses expériences personnelles (Anne Trister, 1986, un récit féministe et culturel d’une artiste bisexuelle immigrante en conflit avec ses parents qui fut un joyau de la première vague des festivals communautaires queer à l’international vers le milieu des années 1980, tout comme Emporte-moi, 1998, 95). Une rare exploration de l’homosexualité au masculin, À corps perdu (1988), est une adaptation ingénieuse et contrôlée du roman Kurwenal de l’écrivain gai français Yves Navarre qui a su conserver son actualité au fil des ans. Pool ne fut pas une réalisatrice facile à admirer pour tous : la promesse de percer sur le marché américain ne se concrétisa jamais et Chantal Nadeau – académicienne du cinéma lesbien – lui reprocha sa dépolitisation du genre et de la sexualité et l’accusa d’« osciller entre le désir d’une sexualité différente et la représentation de la sexualité (lesbienne) comme socialement banale. » Shane Smith, quant à lui, fit l’éloge du film autobiographique Emporte-moi dans le magazine Xtra! : « ...une sublime fiction sur le passage à l’âge adulte et un témoignage du pouvoir transformateur du cinéma. » (7 oct. 1999). (Voir chapitre 5 de Romance of Trangression.)