Janis Cole

femme
Date de naissance
1954
et lieu
Chatham , ON
Canada
Ontario CA
Lives in
Toronto , ON
Canada
Ontario CA
Biographie

Documentaristes. Janis Cole et Holly Dale, cette équipe pionnière de documentaristes féministes, a produit une œuvre riche et diversifiée, et ce, en duo et en solo. Leurs films, largement à l’écart des projets explicitement lesbiens et presque toujours financés par des intérêts indépendants, ont systématiquement mis en scène des femmes sexuellement ou socialement marginalisées, à qui on peut s’identifier de manière profonde, passionnée et inconditionnelle. Cole et Dale ont commencé à travailler ensemble au Sheridan College dans les années 70, et ont manifesté leur intérêt pour la marginalité sociale et sexuelle dès leurs premiers courts métrages : Cream Soda (1976) porte sur les travailleuses du sexe; Minimum Charge No Cover (1976), sur les hors-la-loi de la rue Yonge; et The Thin Blue Line (1977), présente des détenus dans une institution pour les criminels aliénés.

Bien que la première percée importante de Cole et Dale, P4W: Prison for Women (1981, 58, Prix Génie), fut sans doute leur œuvre lesbienne la plus explicite, elle alla de pair avec la mode du jour, longeant ambigument la ligne de l’homosociabilité. Cette version documentaire de Caged et de la douzaine de films de série B du genre « femmes derrière des barreaux » qui s’en suivit, captive plus que la totalité de leurs œuvres regroupées. Obtenir la permission de filmer à l’intérieur de la célèbre prison pour femmes de Kingston ne fut pas facile pour Dale et Cole. Le film, essentiellement un portrait de cinq femmes, ne mentionne jamais le terme « lesbienne », peut-être par souci d’obligation morale envers les sujets, ou parce que la discrétion était encore privilégiée au début des années 80. Mais le thème ressort clairement, et cet univers de la sous-culture est rempli de codes d’identités sexuelles, de coiffeurs et autres, et ce, bien avant que les femmes butch redeviennent à la mode. Le portrait du couple dévoué formé par Janise et Debby est le plus puissant. Ces deux lesbiennes très féminines, existant avant l’heure, seront séparées pendant vingt ans, puisque Debby sera bientôt acquittée. Elles jouent au croquet et se maquillent pour la caméra, mais l’intensité de leur relation ne peut passer aussi facilement inaperçue. Contrairement aux documentaires tournés dans des institutions semblables, tels que ceux de l’américain Frederick Wiseman, P4W ne s’intéresse pas au personnel de la prison, banal et ignorant; il se concentre plutôt sur les prisonnières, leur histoire, leurs expériences et leurs relations entre elles. Après le passage de ce film indépendant et à petit budget au Festival de Toronto en 1981, son importance révolutionnaire a immédiatement été reconnue par d’autres que Barbara Halpern Martineau, une critique lesbienne pour The Body Politic(numéro 78, 35) :


It is the first time in Canada, to my knowledge, that the love of two women for each other is presented as entirely positive, a needed support, growthful, with no compulsion to discover why this came about or whether they couldn’t find greater satisfaction with men or any of the qualifiers normally attached to a lesbian relationship if it ever manages to find its way onscreen. It is undoubtedly not coincidental that this ‘first’ is in the context of a women’s prison, so that in fact there is an implicit qualifier—there are no men available to these women. If this makes it easier for the audience to accept the relationship as valid, well, it’s a first foot in the door...

Le portrait de Marlene Moore, qui se taillade abusivement la peau, est l’un des plus déchirants. Il a permis à Cole de livrer ensuite un profil plus expérimental qui fut primé, à savoir Shaggie: Letters from Prison (Five Feminist Minutes, NFB, 1990), une élégie dédiée à une victime non seulement de la société mais aussi de ses propres mains (qui servit également de base à Dangerous Offender, CBC 1996, un téléfilm primé réalisé plus tard par le duo).

Après P4W vint Hookers on Davie (1984, 86), une exploration du monde de la prostitution de rue à Vancouver (femmes, hommes, transgenres), en avance sur son temps. Cet épique « cinéma direct » valut à Dale et Cole un deuxième Prix Génie, et s’inscrivit dans la continuité de leur solidarité exemplaire envers les sujets marginaux privés de droits (et réfractaires). Attaquant les tabous découlant du moralisme et l’invisibilité à l’apogée de la guerre des sexes, les réalisatrices ont fait coïncider leur ethnographie/manifeste avec l’enquête du gouvernement Trudeau sur la prostitution et la pornographie, menée par le biais de la Commission Fraser. Après avoir passé deux mois dans le célèbre quartier chaud de Vancouver, Dale et Cole ont convaincu une demi-douzaine de sujets bons vivants de travailler en portant des microphones. Le résultat est à la fois tendre et frappant, et s’approcherait même dangereusement des risques du voyeurisme, si ce n’était de la complicité intense qu’elles manifestent avec leurs clients. The Body Politic a salué le film –« the chance to compare our own sexual-minority-turned-subculture with another »– mais a émis quelques réserves par rapport à son ambigüité sur les « contradictions that could have been enlightening if they’d been explored... » Le critique Chris Bearchell a aussi suggéré un remède intéressant dans son analyse :


...political analysis can best be done from the inside, looking out. Next time, the prostitutes should step out of the roles of characters, subjects, victims, get their hands on the cameras and aim them not simply at each other, but at the world that shapes the lives of hookers on Davie Street.(The Body Politic No. 103 [May 1984], 31)

Over three decades later, prostitution has still not been decriminalized and bawdy house laws are still used against both their subculture and that of LGBTTQ people.

Calling the Shots (1988), autre grand projet réalisé ensuite par le duo, traite des réalisatrices de l’industrie cinématographique mais est dépourvu de la force de leur film précédent, peut-être parce que les réalisatrices sont sur leurs gardes devant la caméra, ou parce que l’intensité créée par la marginalité est absente du film. La relation professionnelle et personnelle entre les deux femmes s’est dissoute vers la fin des années 80, et Dale est allée au CFC. Elle a ensuite tenté sa chance avec Blood and Donuts (1995), un film de vampires qui obtint un succès moindre. Bien que les deux artistes aient pris des directions différentes durant les années 90, elles ont collaboré occasionnellement. Dans son dernier article sur le duo, Kay Armatage affirma que Dangerous Offender est caractéristique de l’ensemble des films réalisés par les deux femmes, malgré ses disparités génériques, dans sa confrontation avec les classes et son « commitment to realism coupled with empathy and an exacting refusal of liberal mythologizing. » (2002). Cependant, Armatage, sans doute à cause de la discrétion des réalisatrices, n’a pas trouvé que l’orientation sexuelle était une catégorie importante du film le plus résilient et soutenu du cinéma canadien sur les lesbiennes très féminines, les lesbiennes très masculines, les personnes transgenres et les prostituées. Au cours de la dernière décennie, Dale a beaucoup travaillé sur des séries commerciales et télévisuelles, alors que Cole a donné des cours d’écriture à l’Université de l’École d’art et de design de l’Ontario.