Canadian Film Awards

NE(E)
1949
Biographie

Il s’agit d’une tradition plus ou moins permanente datant de 1949, qui a rendu hommage aux films canadiens par le biais de récompenses et de cérémonies tenues annuellement, et a survécu à plus de six décennies de marasme perpétuel et de recrudescences intranationales au sein de l’industrie. En 1968, le Palmarès du film canadien s’est transformé en Prix Etrogs (d’après le nom du sculpteur de trophées) et en 1980, grâce aux subventions de l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision gérée par l’industrie, ceux-ci sont devenus les Prix Génie, un nom à la sonorité plus bilingue.

Évidemment, un échantillon considérable de productions homophobes virulentes de notre prétendu cinéma national a reçu des distinctions importantes au fil des ans, merci au processus de mise en nomination et de sélection irrégulier. Tel fut le cas particulièrement après la levée du silence sur la diversité sexuelle dans les années 70 : The Ernie Game (Don Owen, NFB, 1968); The Silent Partner (Daryl Duke, 1978); L’homme à tout faire (Micheline Lanctôt, 1981); The Bay Boy (Daniel Petrie, 1985); Un zoo la nuit (Jean-Claude Lauzon, 1988, qui a raflé 13 prix, dont celui du meilleur film). Puis, il y eut l’histoire d’amour entre l’Académie et David Cronenberg, qui a reçu des distinctions pour trois de ces emportements les plus phobiques avec machines à écrire complètement maniaques : Dead Ringers (1989, meilleur film, réalisation, scénario); Naked Lunch (1992, meilleur film, réalisation, scénario); et Crash (1996, réalisation, scénario).

Il peut paraître surprenant que parallèlement à cet automne d’infamie, bon nombre de gros canons queer aient aussi obtenu une large reconnaissance, tels que Mouvement perpétuel (Claude Jutra, 1950); À tout prendre (Claude Jutra, 1963); Walking (Ryan Larkin, 1969, animation); Fortune and Men’s Eyes (John Herbert, scénario, 1971); La vie rêvée (Mireille Dansereau, 1972); Dreamspeaker (Claude Jutra, 1977, quatre prix); Running Man (Donald Brittain, CBC, 1981); P4W: Prison for Women (Janis Cole et Holly Dale, 1982); The Wars (scénario de Timothy Findley, 1984); Don Haig (1985, contribution exceptionnelle); Perfectly Normal (Yves Simoneau, 1991); Le singe bleu (Esther Valiquette, 1993); The Fairy Who Didn’t Want to be a Fairy Anymore (Laurie Lynd, 1993); Exotica (Atom Egoyan, 1994, incluant meilleur acteur dans un rôle second octroyé au personnage gai); Love and Human Remains (Brad Fraser, 1994, scénario); Le Confessionnal (Robert Lepage, 1995); Fiction and Other Truths A Film about Jane Rule (Lynne Fernie et Aerlyn Weissman, 1995); Lilies (John Greyson, 1996); Maman et Ève (Paul Carrière, 1996); Sous-sol (Pierre Gang, 1996); The Hanging Garden (Thom Fitzgerald, 1997); The Five Senses (Jeremy Podeswa, 1999); La Face cachée de la lune (Robert Lepage, 2003); Ryan (Chris Landreth, 2004).

Ultimement et sans aucun doute, les prix mesurent d’année en année davantage les préférences des professionnels de l’industrie et sont réduits aux recettes au guichet. Ils sont comme toujours faussés par la rivalité Toronto-Montréal et par la piètre estime de soi collective qui s’assure d’attribuer un sentiment de valorisation instinctive à ceux qui réussissent à l’étranger. Cependant, les prix reflètent aussi, d’une certaine manière…inévitablement, la centralité de l’imaginaire queer au sein des traditions cinématographiques canadiennes.